Le 15 juillet 2016 – Le gouvernement de Bahreïn a ciblé, par des arrestations et de nouvelles sanctions, des employés du secteur public aperçus dans des photos et des vidéos prises lors de sit-ins. Nous, ONG signataires, condamnons le retour de cette pratique qui enfreint le droit du peuple à se réunir.

Le 12 juillet 2016, Ali Abdulraheem, un fonctionnaire de l’Autorité de régulation du marché du travail (LMRA), a été convoqué pour un interrogatoire au ministère public pour sa participation au sit-in ouvert à Diraz. Abdulraheem a par la suite été arrêté et mis en détention pour une durée de 15 jours. L’arrestation d’Abdulraheem survient après que sa photo ait circulée dans des réseaux sociaux pro-gouvernement et dans des groupes appelant à son arrestation. De plus, un député a encouragé la violence à son encontre et a exigé son arrestation. Ce dernier a été félicité par ses abonnés peu de temps après l’arrestation d’Abdulraheem.

« Député Jamal Abuhasan : Bonne nouvelle pour les loyalistes de Bahreïn. Avec la grâce de Dieu, le fonctionnaire du LMRA, qui a participé au sit-in illégal, a été arrêté. #Bahreïn »

« Une nouvelle plaisanterie sous le regard du gouvernement. Un fonctionnaire du @lmrabh participe à un rassemblement illégal devant la maison du terroriste #Isa_Qasim »

 

Depuis le 20 juin 2016, des milliers de citoyens se sont réunis pour un sit-in pacifique à Diraz autour de la maison du chef spirituel chiite Cheikh Issa Qassim dont la citoyenneté a été révoquée le jour même. Après le début du sit-in, plusieurs comptes de réseaux sociaux pro-gouvernement ont commencé à appeler les personnes à mettre en ligne les photos des manifestants. Ces derniers peuvent être ainsi identifiés et par conséquent punis, ces sanctions comprennent entre autres l’emprisonnement, la suspension des services gouvernementaux les concernant comme le logement, et le licenciement. Rappelant la « chasse aux sorcières » massive et étendue de 2011, plusieurs utilisateurs de Twitter, dont certains avec des milliers de d’abonnés, ont commencé l’identification des protestataires, publiant leurs photos et en les qualifiant de « traitres ».

« Frères/Sœurs, apportez-nous des photos des gens (manifestants) à Diraz s’il vous plaît ? Nous allons dénoncer ces traitres si ce sont des hommes d’affaires ou des employés ! Leur punition sera sévère. #Bahreïn »

« Quiconque enfreint les lois du pays et organise des manifestations sectaires doit être puni et privé de ses privilèges ! D’abord leur logement, leur scolarité et leurs emplois au gouvernement. »

« Le gouvernement devrait prendre des photos de tous les manifestants [participant au sit-in] devant la maison du terroriste, obtenir des informations sur eux, et annuler leurs demandes de logement s’ils en ont. »

« Depuis la maison de Isa. Je me demande combien de manifestants travaillent pour le gouvernement et combien auront une habitation accordée [par le gouvernement] prochainement. Avoir honte et patriotisme. »

 

En 2011, une pratique de « chasse aux sorcières » similaire a été constatée et répertoriée par le BICI qui a établi, dans le paragraphe 1637 de son rapport, que plusieurs comptes twitter ont ciblé des manifestants anti-gouvernement, divulguant leurs localisations, dévoilant des détails personnels et ayant ouvertement harcelé, menacé et diffamé certaines personnes. Beaucoup d’entre elles ont peu de temps après été arrêtées et torturées par le gouvernement. Le BICI a considéré que ces harcèlements en ligne sont en violation au droit à la vie privée tout en constituant des propos haineux et des incitations à la violence. Toutefois, depuis 2011, aucun de ceux qui ont participé à ce genre de campagne n’a eu à affronter les conséquences.

Nous considérons l’arrestation et l’inculpation d’Ali Abdulraheem et de tout autre citoyen pour le simple fait d’avoir participé à une manifestation pacifique comme une violation grave du droit à la liberté d’expression et de réunion. Nous exprimons de plus notre vive préoccupation quant au ciblage de masse des protestataires pacifiques du sit-in.

Nous, signataires, appelons le gouvernement de Bahreïn à respecter les droits à la liberté d’expression et de réunion, libérer immédiatement Ali Abdulraheem ainsi que toutes les personnes arrêtées pour avoir simplement exercé ces droits et à mettre fin à la campagne haineuse sur Internet qui vise clairement à réduire au silence les dissidents, étant appuyée par les autorités en toute impunité.

Signataires,

  • Bahrain Center for Human Rights - Centre Bahreïnite pour les Droits de l’Homme
  • Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain - Américains pour la Démocratie et les Droits de l’Homme à Bahreïn
  • Bahrain Institute for Rights and Democracy - Institut Bahreïnien pour les Droits et la Démocratie
  • European Centre for Democracy and Human Rights - Centre Européen pour la Démocratie et les Droits de l’Homme
  • Justice Human Rights Organisation - Organisation Justice et Droits de l’Homme