Les ONG soussignées appellent le gouvernement de Bahreïn à lancer immédiatement une enquête impartiale et indépendante sur la mort d’un détenu de 35 ans Hassan Jassim Hasan Al-Hayki et sur des allégations de torture crédibles. Les responsables doivent pouvoir être poursuivis et quiconque a causé ou a contribué à la mort de M. Al-Hayki doit rendre des comptes. Ces allégations de torture soulèvent également des inquiétudes concernant l’incapacité du ministre de l’Intérieur Ombudsman et la Commission des Droits des Prisonniers et des Détenus (PDRC) à empêcher les abus réguliers dans les centres de détention de Bahreïn.

Le 31 juillet 2016, le commissariat de police d’Al-Hoora a communiqué la nouvelle de la mort d’Al-Hayki à sa famille par téléphone portable, les informant qu’il est mort au complexe médical Salmaniya. Aucune cause spécifique de la mort n’a été fournie mais une publication sur le site du ministère de l’Intérieur détaille qu’il aurait « souffert d’un problème de santé » et qu’il serait mort de « causes naturelles ». La famille d’Al-Hayki a confirmé qu’il n’avait aucun problème de santé  avant son arrestation et ont avancé que sa mort est dû à des blessures résultants d’actes de torture au Département des enquêtes criminelles (CID).

M. Al-Hayki a été emprisonné le 4 juillet après que des policiers masqués aient perquisitionné sa demeure à Isa Town vers 6 h. Les autorités n’ont présenté ni mandat de perquisition ni mandat d’arrêt. M.

Al-Hayki a par la suite été accusé d’avoir pris part à l’attentat du 30 juin au village d’Al Ekar qui a conduit à la mort d’un civil, Fakhriya Msallam.

Après sa première arrestation, M. Al-Hayki, dans un court appel téléphonique, a informé sa famille qu’il a été détenu au CID et dans un second appel, il leur a demandé des vêtements. Le gouvernement lui a refusé l’accès à un avocat.

Le 8 juillet 2016, M. Al-Hayki a dit à sa famille qu’il a été amené au ministère public pour un interrogatoire durant lequel il a refusé d’émettre le moindre aveu. Une fois retourné au CID, il a affirmé avoir fait l’expérience de mauvais traitement et avoir été menacé avec une arme à feu.

Le 10 juillet 2016, il a été amené au ministère public pour une seconde fois où des agents lui auraient fait subir des abus sexuels et lui auraient forcé de faire des aveux. Sa famille a signalé que malgré les multiples requêtes adressées au ministère public pour avoir un avocat, les autorités ont continué d’interroger M. Al-Hayki en l’absence du juriste. Une fois l’avocat arrivé au ministère public, les responsables lui ont dit que M. Al-Hayki n’avait pas encore été déféré.

Deux jours plus tard, le 12 juillet 2016, le ministre de l’Intérieur a publié une reconstitution vidéo de l’explosion déclarée d’Al-Ekar incluant une photo d’Al-Hayki accompagnée de deux autres prévenus. La vidéo déclare qu’ils sont tous les trois impliqués dans l’incident qui aurait provoqué la mort de Fakhriya Msallam.

Le 24 juillet 2016, M. Al-Hayki a averti sa famille qu’il a été déplacé au bâtiment 10 du centre de détention Dry Dock. Sa famille a pu le voir un jour plus tard, le 25 juillet 2016. Les membres de sa famille ont dit au Centre Bahreïnite pour les Droits de l’Homme (BCHR) qu’il avait l’air épuisé et qu’il était d’une minceur anormale durant la visite. Ils ont aussi mentionné que les forces de sécurité lui ont infligé de fréquents et de violents coups sur sa tête et sur ses parties génitales au CID. Les autorités l’auraient pendu à des chaînes en de multiples occasions, quatre jours durant, causant un épuisement et une perte de poids de son corps. La famille de M. Al-Hayki a indiqué que la dernière communication qu’il a faite sur téléphone datait du 30 juillet.

La famille n’a pas été autorisée à voir le corps d’Al-Hayki et a déposé une plainte au commissariat de police d’Hoora pour mort suspecte, donnant des détails des tortures allégées subie au CID et demandant une autopsie. La famille n’a pas encore reçu de certificat de décès.

Le gouvernement de Bahreïn a l’obligation de respecter le droit à la vie inscrite dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. L’absence complète de procédure en bonne et due forme durant l’arrestation, l’interrogation et la détention d’Al-Hayki associée au déni du droit à un procès équitable et à des allégations de torture soulèvent de sérieuses inquiétudes sur la cause de la mort d’Al-Hayki. Cette situation rappelle d’autres affaires répertoriées par le Commission d’Enquête Indépendante Bahreïnienne (BICI) – qui a signalé cinq cas présumés de morts en détention provoqués par des complications de santé liées à des actes de torture. En novembre 2014, une autre personne serait morte en prison à cause de la torture. Au lieu de tenir pour responsable les personnes accusées d’infliger la torture, les autorités bahreïniennes ont eu recourt à la détention et à l’inculpation de ceux qui évoquaient la torture, dont le président du BCHR, le défenseur des droits de l’homme de premier plan Nabeel Rajab.

Les soussignés appellent le gouvernement de Bahreïn à :
-Autoriser une visite immédiate du Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture pour mener une enquête impartiale sur la mort de Hassan Al-Hayki.
-Poursuivre et demander des comptes à toute personne dont la responsabilité est prouvée dans les cas de mauvais traitement et de torture y compris ceux qui ont autorisé et supervisé de tels abus.

 

Americans for Democracy & Human Rights in Bahrain (ADHRB)
Bahrain Center for Human Rights (BCHR)
Bahrain Institute for Rights & Democracy (BIRD)
European Center for Democracy and Human Rights (ECDHR)
Justice Human Rights Organizations (JHRO)