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Bahreïn révoque la citoyenneté du chef de file de la communauté chiite

Les autorités bahreïniennes ont, encore une fois, pris de nouvelles mesures de répression à l’encontre de l’opposition et de la communauté chiite dans son ensemble, rapporte le Centre Bahreïnite pour les Droits de l’Homme (BHCR). Le 20 juin 2016, le ministre de l’Intérieur (MOI) a publié une déclaration annonçant la révocation de la citoyenneté du chef religieux chiite Cheikh Isa Qasem. Le MOI a cité l’article 10/c de la Loi sur la nationalité bahreïnienne pour justifier sa décision de révoquer la citoyenneté « si l’homme en question cause des dommages à l’intérêt de l’État ou accomplit des actions contraires au devoir de loyauté envers ce dernier ».

Cheikh Qasim est le leader religieux de la communauté chiite. Il a été une figure de proue dans le processus de réformes démocratiques à Bahreïn depuis les années 1970. En 1972, Cheikh Qasim est devenu membre du premier parlement bahreïnien avec le plus haut pourcentage de votes. Cheikh Qasim a aussi contribué à la rédaction de la constitution bahreïnienne de 1973.

Aujourd’hui, le 20 juin 2016, sans aucune procédure régulière, les autorités bahreïniennes ont arbitrairement révoqué la citoyenneté de Cheikh Qasim après l’avoir accusé « d’utiliser sa fonction religieuse à des fins politiques ». Peu de temps après cette décision, des milliers de soutiens de Cheikh Isa Qasem se sont rassemblés devant sa maison à Duraz en gage de solidarité et afin de contester cet arrêté. Le rassemblement est aussitôt devenu un sit-in et les gens ont jurés de ne pas quitter les lieux. Le ministre de l’Intérieur a proféré des menaces « contre les appels aux troubles affectant la sécurité. Des actions légales seront prises envers les contrevenants ». Le lieu où le sit-in se tient a été encerclé par une forte présence policière. Le BHCR est extrêmement préoccupé du bon déroulement de ce sit-in à Duraz.

Le BHCR a recensé une douzaine d’affaires dans les six derniers mois dans lesquels le gouvernement bahreïnien a rendu apatride des personnes à titre de représailles tactiques contre les dissidents politiques. Pour les  trois derniers jours de mai seulement, le BHCR a signalé 33 cas de déchéance de nationalité rendus tant par des tribunaux de première instance que d’appel. La révocation de citoyenneté a été utilisée depuis le soulèvement en faveur de la démocratie à Bahreïn en 2011. 31 personnes ont perdu leur citoyenneté par arrêté ministériel en 2012 tandis que le nombre de déchéance de nationalité s’est élevé à 21 peines en 2014. Un nombre stupéfiant de citoyens ont été déchu de leur nationalité bahreïnienne en 2015 lorsqu’un arrêté ministériel a révoqué la citoyenneté de pas moins 72 personnes. Sur la base de la documentation du BHCR, la preuve d’un nombre total d’au moins 261 cas de révocation de citoyenneté depuis 2012 a été révélée.   

Rendre apatride le dirigeant chiite Cheikh Qasim est une nouvelle attaque contre la liberté de parole et d’expression à Bahreïn. Cette décision fait partie de la répression croissante des libertés et des droits à Bahreïn qui devient de plus en plus manifeste depuis la semaine dernière. Cet arrêté fait suite à une longue série de violations que les autorités ont commises dans le but de museler toute forme de critique et afin de d’entraver l’accès de l’opposition de participer aux décisions politiques de Bahreïn.

Le 13 juin 2016, le roi de Bahreïn a promulgué une loi modifiant la Loi de 2005 relative aux associations politiques qui instaure une interdiction de participer aux décisions politiques. L’amendement se base sur un fond de discrimination religieuse et empêche n’importe quelle figure religieuse qui délivre un prêche, d’adhérer à une organisation politique ou de participer à des activités politiques. En l’espace d’une semaine, le gouvernement a interdit aux militants des droits de l’homme de voyager, arrêté le défenseur des droits de l’homme de premier plan Nabeel Rajab et usé de représailles à l’encontre de ses opposants les plus critiques en suspendant  Al-Wefaq, le plus important parti politique de Bahreïn. Le même jour, le ministre du développement social a interdit Al-Risala Islamic Society et Islamic Enlightnement Society, les deux bastions restants de la communauté chiite à Bahreïn. De plus, le durcissement de la condamnation de Cheikh Ali Salman, secrétaire-général du Al-Wefaq National Islamic Society, passée de 9 ans de détention au lieu des 4 ans requis de la peine précédente, ainsi que la convocation de neuf religieux chiites pour un interrogatoire, le 15 juin 2016, sont des moyens pour intimider les religieux et les prédicateurs qui sont en désaccord avec l’appareil anti-démocratique au pouvoir de Bahreïn.

Amnesty International: Bahreïn: un avocat apatride risque d’être expulsé à tout moment

Amnesty International a publié une déclaration pour des actions urgentes concernant le sort de Taimoor Karimi, avocat bahreïnite, qui a été déchu de sa nationalité en 2012 et s’est retrouvé, de fait, apatride. La peine prononcée à son encontre ayant été confirmée en appel le 23 mai, il risque d’être expulsé de façon imminente.

Dans les appels que vous ferez parvenir le plus vite possible aux destinataires mentionnés ci-après, en arabe, en anglais ou dans votre propre langue : 1) engagez les autorités bahreïnites à ne pas expulser taimoor karimi ; 2) priez-les instamment de revenir sur leur décision de le déchoir de sa nationalité.

Lisez le texte intégral ici.

À propos de nous

Le Centre Bahreïnite pour les Droits de l’Homme (BCHR) est une organisation non-gouvernementale à but non lucratif enregistrée auprès du Ministère Bahreïnien du Travail et des Services Sociaux depuis 2002. Malgré l’ordre de fermeture décidé par les autorités en novembre 2004, le BCHR fonctionne toujours après avoir obtenu un vaste soutien local et international pour sa lutte pour la promotion des droits de l’homme à Bahreïn.

Notre vision pour l’avenir est un pays démocratique et prospère, libéré des discriminations et des autres violations des droits de l’homme.

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